La BURLE :
Les gens de là-haut, eux, savent bien ce que c'est que la Burle.
Un vent dur et glacé qui balaie quatre mois de l'année le plateau et les pentes du Haut-Vivarais
Les gens de là-haut, mais pas les étrangers, pas le touriste, qui ne connaissent
que du pays les sentiers faciles et ensoleillés, bordés d'airelles et de digitales.
Pourtant la Burle appartient au pays, elle en est le souffle vital et les êtres vivants doivent se plier à ses caprices, à ses débordements.
Il faut l'avoir entendue pleurer de sa voix grave dans les bois noirs.
Il faut l'avoir vue, faisant jaillir du sol un incendie de glace, dénudant l'herbe figée de givre.
Il faut l'avoir sentie sur le visage et les mains. Ses aiguillons vous engourdissent les doigts, vous mettant des larmes pleins les yeux. Son souffle vous hurle à l'oreille.
La Burle sculpte des rides de neige qui s'accumulent en dunes mobiles pour devenir de profondes congères. Les chemins creux se comblent, bloquant les fermes égarées, tandis que
le sommet des cols devient un piège pour l'automobiliste imprudent.
La Burle est sans partage. Quand elle apparaît, les humains se ferment derrière la barrière rassurante de murs de granit et des doubles fenêtres.
Les animaux domestiques se serrent dans les étables obscures et les bêtes sauvages cherchent refuge dans les sillons profonds et l'épaisseur des bois.
Les gens de là-haut sont comme la Burle, forgés à grands coups, durs, froids, insaisissables.
Malheur à l'étranger qui se hasarde à fouler les congères de leur âme. Il s'enlise et personne ne viendra lui porter secours.
N'est pas du pays qui veut
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La Burle, Paul PERREVE 2007
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